Livre des recettes livreur : le relevé Uber Eats ne suffit pas (et voici pourquoi)
Ton relevé Uber Eats ou Deliveroo n'est pas un livre des recettes. Les 4 vrais manques, les mentions obligatoires et comment tenir ton registre en 5 min.

À propos de l'auteur du blog
Conformité et pilotageFlorian.A
Fondateur de FluxMicro
Issu d'une formation financière et comptable, avec une expérience en audit dans un grand cabinet internationalement connu, je construis FluxMicro avec une exigence forte de culture comptable et de conformité pour aider les auto-entrepreneurs à piloter leur activité avec un outil clair et vraiment utile.
Tu livres pour Uber Eats, Deliveroo, Stuart. Chaque semaine, tu as un relevé de paiement dans l'appli, avec le détail de tes courses et le virement qui tombe. Question légitime : est-ce que ça suffit comme comptabilité ?
Réponse honnête : non. Mais pas pour la raison qu'on te sert partout. Ton relevé n'est pas un document bidon — il contient déjà presque toutes les informations que l'administration attend. Le problème n'est pas le contenu, c'est la forme, la complétude et la durée de vie de ce document.
Cet article te dit exactement ce qui manque, et comment combler ces manques en cinq minutes par semaine.
Ce que ton relevé de plateforme contient vraiment
Commençons par être justes avec les plateformes. Beaucoup d'articles écrivent que « le livreur n'a aucun document ». C'est faux.
Sur Uber Eats, tu as accès à des relevés de paiement — en principe hebdomadaires — détaillés : le nombre de courses, les montants par course, les pourboires, la commission retenue, le montant net viré. Uber Portier B.V. émet même des factures en ton nom : c'est l'auto-facturation, autorisée par l'article 289, I-2 du CGI dès lors que tu as donné mandat exprès à la plateforme. Ces documents portent en pratique une mention du type « Facture émise par Uber Portier B.V. au nom de [ton nom] ». Deliveroo repose en principe sur le même mécanisme, selon son propre rythme de facturation. Stuart et Delicity mettent également des récapitulatifs d'activité à disposition dans l'espace livreur. Le détail exact varie d'une plateforme à l'autre et dans le temps : vérifie ce que la tienne t'envoie réellement.
Autrement dit : tant que ce mandat s'applique, tu n'as pas à créer toi-même de factures pour tes courses. C'est déjà fait, et c'est légal. Une nuance importante quand même : le mandat de facturation ne te décharge pas de tes obligations — la doctrine fiscale (BOI-TVA-DECLA-30-20-10-30) précise que le fournisseur, c'est-à-dire toi, « conserve l'entière responsabilité de ses obligations en matière de facturation ». Si tu es 100 % plateforme, tu n'émets donc en pratique aucune facture — on détaille ce point dans le guide du livreur auto-entrepreneur.
Le matériau est donc là. Le problème commence quand tu essaies de faire passer ce matériau pour ta comptabilité.
Les mentions obligatoires du livre des recettes, une par une
Le cadre vient de l'article L123-28 du code de commerce et de l'article 50-0 du CGI (commentés au BOI-BIC-DECLA-30-30 et repris par la fiche officielle F36018 de service-public.gouv.fr), pour les activités relevant des BIC — ce qui est ton cas (livraison = BIC prestation de services). Voici ce que les textes imposent, et ce que ton relevé en couvre réellement.
| Mention obligatoire | Ton relevé plateforme la couvre ? |
|---|---|
| Le montant des recettes | Oui, à la course près |
| L'origine des recettes | Oui, la plateforme est identifiée |
| L'identité du client (voir précision) | Oui — c'est la plateforme (ton donneur d'ordre) qui figure sur le relevé, pas le consommateur final |
| La date du versement | Partiellement : le relevé donne une période, pas toujours la date de crédit |
| La forme du versement | Oui, virement (et espèces si tu encaisses en direct) |
| Les références des pièces justificatives | Oui, numéro de relevé ou de facture auto-émise |
| Un enregistrement chronologique | Non, pas entre plateformes |
| Distinguer espèces et autres règlements | Non, la plateforme ne voit pas tes encaissements hors plateforme |
| Conservation 10 ans | Non, tant que l'accès dépend du compte |
Précision utile : l'identité du client, la date et la forme du versement sont expressément exigées par service-public pour les professions libérales. En BIC, le BOFiP impose d'inscrire les recettes selon leur date d'encaissement, en distinguant les espèces des autres modes de règlement et en indiquant les références des pièces justificatives. Renseigner l'origine et le client reste la façon la plus simple de tracer une recette : c'est une bonne pratique, pas une mention supplémentaire imposée en BIC.
Sur neuf exigences, cinq sont pleinement satisfaites par le relevé. Trois ne le sont pas. Et une quatrième — la date — est piégeuse. Voyons ces quatre vrais manques.
Manque n° 1 : la date d'encaissement n'est pas la période de prestation
C'est le point que presque personne ne traite correctement, et c'est le plus important.
En micro-entreprise, tu déclares ton chiffre d'affaires à l'encaissement. Pas à la date de la course, pas à la date de la facture : à la date où l'argent arrive sur ton compte. C'est le principe qui gouverne toute ta déclaration Urssaf.
Or ton relevé Uber Eats de la semaine 30 couvre les courses du lundi au dimanche — mais le virement, lui, tombe en début de semaine suivante. Résultat : les courses de fin juillet peuvent être encaissées début août.
Ce décalage est invisible onze mois sur douze. Il devient très visible :
- Au changement de trimestre, si tu déclares trimestriellement. Les courses du 28 au 30 septembre encaissées le 2 octobre relèvent du 4ᵉ trimestre, pas du 3ᵉ.
- Au changement d'année, où il décale ta déclaration fiscale entière.
- Au moment où tu frôles un seuil. Si tu approches des 37 500 € de franchise de TVA, quelques centaines d'euros basculés d'une année sur l'autre changent ta situation. On explique le mécanisme dans l'article sur la TVA du livreur.
La règle pratique : ouvre ton relevé pour le montant, ouvre ton relevé bancaire pour la date. C'est le seul croisement que tu as à faire, et il prend dix secondes.
Manque n° 2 : rien n'est consolidé entre plateformes
Le multi-apping est une pratique courante : beaucoup de livreurs tournent sur deux ou trois applis en même temps pour ne jamais rester à l'arrêt. L'ARPE, dans son analyse 2026 des indicateurs du secteur de la livraison, en tient d'ailleurs compte : elle précise que ses indicateurs de temps d'attente doivent être lus avec prudence car ils « ne prennent pas en compte le recours simultané à plusieurs plateformes par un même travailleur ».
Chaque plateforme te donne un excellent relevé… de son activité. Aucune ne sait ce que tu as gagné ailleurs. Personne ne consolide.
Et le chiffre qui compte pour l'Urssaf, pour l'impôt, pour tes seuils, c'est la somme des trois. Ton plafond micro de 83 600 € ne se calcule pas plateforme par plateforme. Ton seuil de franchise de TVA de 37 500 € (41 250 € en seuil majoré) non plus. Le jour où tu veux savoir où tu en es, tu dois ouvrir trois applications, télécharger trois séries de documents et additionner à la main.
C'est précisément la fonction du livre des recettes : être l'endroit unique où le total existe. Pas un doublon administratif — le seul document au monde qui connaisse ton vrai chiffre d'affaires.
Manque n° 3 : l'obligation pèse sur toi, pas sur la plateforme
Juridiquement, c'est net : le livre des recettes est une obligation du micro-entrepreneur. Uber, Deliveroo ou Stuart ne la remplissent pas pour toi, et ne s'y engagent nulle part dans leurs conditions.
Concrètement, en cas de contrôle Urssaf ou fiscal, l'administration attend un registre chronologique, unique et régulier. Pas un dossier de PDF disparates, pas une capture d'écran de l'appli, pas un tableur reconstitué au mois de mai pour l'année précédente.
Deux critères sont regardés :
- La chronologie. Le code de commerce impose un livre mentionnant chronologiquement le montant et l'origine des recettes ; le BOFiP parle d'un « livre-journal servi au jour le jour ».
- La régularité. Un fichier rempli d'un bloc en fin d'année s'écarte de cette exigence de tenue au fil de l'eau. Le BOFiP précise aussi que le livre se tient sur des pages numérotées, sans blanc ni rature.
Aucun modèle officiel n'est imposé : cahier, tableur, application, à toi de voir. Ce n'est pas pour autant un blanc-seing sur la forme — pages numérotées, pas de blanc, pas de rature. Ce que la loi t'impose vraiment, c'est une discipline.
Manque n° 4 : la conservation 10 ans n'est pas assurée
Le texte officiel est sans ambiguïté : les informations du livre des recettes et les pièces justificatives doivent être conservées 10 ans à compter de la clôture de l'exercice.
Dix ans. Et où sont tes relevés ? Dans une application, derrière un identifiant, sur un compte dont tu n'es pas propriétaire.
Un compte livreur peut être désactivé du jour au lendemain — note trop basse, litige client, contrôle d'identité qui échoue, changement de politique. Quand ça arrive, l'accès à l'historique de paiement disparaît souvent avec le reste. Tu peux réclamer tes données, mais tu ne les as plus sous la main, et pas toujours vite. Si tu es dans cette situation, l'article sur les recours après désactivation détaille les démarches.
Une plateforme peut aussi tout simplement quitter la France : Just Eat a cessé son activité de livraison en France le 9 décembre 2024. Bon courage pour retrouver un relevé de 2023 huit ans plus tard.
Le prélèvement à la source ne te dispense de rien
Depuis avril 2026, huit plateformes volontaires — dont Uber Eats — prélèvent directement tes cotisations sociales et déclarent chaque mois ton chiffre d'affaires à l'Urssaf. Le dispositif devient obligatoire pour toutes les plateformes au 1er janvier 2027. C'est une vraie simplification, et l'Urssaf l'écrit sans détour dans sa documentation : avec le prélèvement à la source, tu n'as plus à te soucier de déclarer le chiffre d'affaires réalisé via la plateforme concernée ni de payer les cotisations correspondantes.
À noter : dans le secteur de la livraison, seule Uber Eats figure aujourd'hui dans la liste des huit plateformes volontaires. Deliveroo, Stuart et Delicity n'y sont pas — pour elles, tu déclares normalement jusqu'à la généralisation de 2027.
Attention au raccourci. Ce qui disparaît, c'est la saisie déclarative pour cette plateforme-là. Ce qui reste :
- Le livre des recettes. L'obligation comptable est indépendante du canal de déclaration. Elle ne bouge pas.
- Le chiffre d'affaires hors plateforme. Livraisons pour un restaurant en direct, contrats de coursier, clients particuliers : c'est toi qui déclares, et là tu factures vraiment.
- Le chiffre d'affaires des plateformes non concernées, jusqu'à la généralisation de 2027.
- Ta déclaration fiscale annuelle (2042-C-PRO), qui reste à ta charge dans tous les cas.
- Le suivi de tes seuils, que personne ne fait pour toi.
On détaille les mécanismes de déclaration dans le guide de la déclaration Urssaf du livreur.
Comment tenir ton livre des recettes sur 3 plateformes
Voici la méthode concrète, celle qui prend cinq minutes par semaine.
Une ligne par relevé, pas par course
Tu as fait 87 courses cette semaine sur Uber Eats ? Tu écris une ligne : « Uber Eats — semaine 30 ». Ce que le texte demande, c'est le montant et l'origine des recettes encaissées, avec la référence de la pièce justificative : une ligne par encaissement, adossée au relevé conservé, répond à cette logique. Détailler 4 000 courses par an n'apporte pas de sécurité supplémentaire — juste de l'abandon garanti. En cas de doute sur un montage particulier (encaissements en espèces, activité mixte), demande confirmation à ton service des impôts des entreprises.
La date du virement, pas celle de la course
Tu ouvres ton appli bancaire, tu repères le virement, tu prends cette date. C'est elle qui détermine le mois ou le trimestre de rattachement.
Le montant BRUT, commission incluse
C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Le montant à inscrire n'est pas ce que tu as reçu sur ton compte : c'est le chiffre d'affaires brut, commission de la plateforme comprise.
Le mode de versement et la référence
« Virement » dans presque tous les cas. En référence, le numéro ou l'intitulé du relevé (« relevé S30 » suffit). Si tu encaisses des espèces en direct, tu les inscris séparément : la distinction espèces / autres règlements est expressément demandée.
Tu répètes pour chaque plateforme
Trois plateformes = trois lignes cette semaine. Dans le même registre, dans l'ordre des dates d'encaissement. C'est ça, la consolidation.
À quoi ça ressemble concrètement
| Date | Origine | Nature | Référence | Montant | Règlement |
|---|---|---|---|---|---|
| 27/07/2026 | Uber Eats | Livraisons S30 | Relevé S30 | 412,60 € | Virement |
| 28/07/2026 | Deliveroo | Livraisons 16–31/07 | Facture DEL-2026-14 | 268,40 € | Virement |
| 29/07/2026 | Stuart | Livraisons S30 | Relevé S30 | 96,15 € | Virement |
Trois lignes, deux minutes. Et un total qui existe enfin quelque part.
Le piège du montant net : l'erreur qui coûte le plus cher
Reprenons, parce que c'est le sujet sur lequel le plus de livreurs se trompent.
Une course est facturée 5,60 € au client. La plateforme prend 25 % de commission. Tu reçois 4,20 €.
Tu déclares 5,60 €.
L'Urssaf est explicite : la base de calcul correspond au chiffre d'affaires que tu déclares normalement, qui inclut la commission retenue par la plateforme et les frais. Déclarer le net, c'est une sous-déclaration — avec régularisation et majorations à la clé si ça se voit.
La logique paraît injuste, mais elle est cohérente avec le régime micro : l'abattement forfaitaire de 50 % applicable aux BIC prestation de services est justement là pour représenter forfaitairement tes charges. Tu ne déduis rien en micro — ni la commission, ni le carburant, ni l'entretien du scooter, ni le sac isotherme, ni le téléphone. En contrepartie, seule la moitié de ton chiffre d'affaires est imposée.
Tes pourboires font partie du chiffre d'affaires. Ils sont dans le relevé, ils entrent dans le total.
Et le registre des achats ? Il n'est pas obligatoire pour toi
Beaucoup d'articles affirment que le micro-entrepreneur doit tenir deux registres. C'est faux dans ton cas, et service-public est clair : le registre des achats n'est obligatoire que pour les activités de vente de marchandises et de fourniture de logement.
La livraison de repas est une prestation de services. Tu n'as donc qu'un seul registre à tenir : le livre des recettes.
Ce qui est logique, puisque tu ne déduis aucune charge. Rien ne t'empêche de garder tes factures d'essence pour ton suivi personnel — mais ce n'est pas une obligation comptable, et ça ne change rien à ton impôt.
Les quatre erreurs qu'on voit tout le temps
- Recopier la période du relevé au lieu de la date d'encaissement. Ça décale tes trimestres et fausse ton année fiscale.
- Inscrire le net reçu. Sous-déclaration de 20 à 30 %.
- Tenir un registre par plateforme. Trois fichiers ne font pas un registre chronologique unique, et le total n'existe nulle part.
- Tout remplir en avril pour l'année précédente. Le critère de régularité n'est pas rempli, et tu auras perdu la moitié des documents en route.
Le faire dans FluxMicro (et ce que FluxMicro ne fait pas)
Puisque tu lis ça sur le blog d'un logiciel de facturation, autant être direct sur ce qu'il fait vraiment.
Dans FluxMicro, tu peux enregistrer une recette sans facture liée et sans client enregistré. C'est exactement le cas d'usage du livreur : tu saisis « Uber Eats — semaine 30 », la date du virement, le montant brut, le mode de règlement. Trois lignes par semaine, toutes plateformes dans le même registre, dans l'ordre chronologique. Tu exportes ensuite ton livre des recettes en CSV ou en PDF par mois, par trimestre ou par année — le format à sortir en cas de contrôle.
Le tableau de bord suit tes seuils au passage : plafond micro à 83 600 €, franchise de TVA à 37 500 €, avec proratisation la première année. C'est le calcul que personne d'autre ne fait pour toi quand tu es sur trois applis. Si tu veux le détail des fonctionnalités pensées pour ce métier, il y a une page dédiée : logiciel de facturation pour livreur auto-entrepreneur.
Cinq minutes par semaine à la main, c'est le prix réel — et à notre connaissance, aucun outil grand public ne le supprime aujourd'hui pour les plateformes de livraison.
Tiens ton livre des recettes en 5 minutes par semaine
Saisis une ligne par relevé, toutes plateformes confondues, et exporte ton registre en PDF ou CSV quand tu veux. Gratuit pour démarrer.
Créer mon compteQuestions fréquentes
Je suis 100 % Uber Eats, avec le prélèvement à la source. Je dois vraiment tenir un livre des recettes ? Oui. Le prélèvement à la source règle ta déclaration Urssaf pour cette plateforme, pas ton obligation comptable. Ce sont deux choses distinctes.
Un tableur, c'est valable ? Oui, aucun modèle officiel n'est imposé. Ce qui compte, c'est la chronologie, la régularité, la numérotation des pages et le fait que les écritures ne soient pas retouchées après coup (ni blanc ni rature). Un tableur rempli chaque semaine et non réécrit ensuite répond à ces critères.
Combien de temps je garde tout ça ? Dix ans à compter de la clôture de l'exercice, registre et pièces justificatives comprises. Télécharge tes relevés au fur et à mesure : ne compte pas sur l'appli.
Je dois détailler chaque course ? Non. Une ligne par relevé, avec la référence du relevé comme pièce justificative, répond à l'exigence d'origine et de justification des recettes.
Et si je livre aussi en direct pour un restaurant ? Là, tu factures vraiment, avec toutes les mentions obligatoires, et tu inscris l'encaissement dans le même registre. C'est le seul cas où un livreur émet des factures.
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