TVA livreur Uber Eats et Deliveroo : es-tu concerné ? Les seuils 2026 vérifiés
TVA livreur de plateforme : seuils 2026 vérifiés (37 500 € et 41 250 €), mécanique des deux seuils, ce qui se passe au dépassement et le mythe des 25 000 €.

À propos de l'auteur du blog
Conformité et pilotageFlorian.A
Fondateur de FluxMicro
Issu d'une formation financière et comptable, avec une expérience en audit dans un grand cabinet internationalement connu, je construis FluxMicro avec une exigence forte de culture comptable et de conformité pour aider les auto-entrepreneurs à piloter leur activité avec un outil clair et vraiment utile.
Si tu livres pour Uber Eats, Deliveroo, Stuart ou Delicity, la question de la TVA revient tôt ou tard — souvent après avoir lu un post inquiétant sur un groupe Facebook. Réponse courte : dans l'immense majorité des cas, tu n'es pas concerné. Tu es en franchise en base, tu ne factures pas de TVA, tu ne déposes aucune déclaration.
Mais « dans l'immense majorité des cas » n'est pas « toujours ». Un livreur à scooter, à plein temps, sur deux applis, peut franchir le seuil sans s'en rendre compte — parce qu'aucune plateforme ne l'alerte, et parce que les chiffres qui circulent sont faux, y compris sur la page fiscale d'Uber.
Ce guide donne les seuils réellement en vigueur en 2026, la mécanique des deux seuils (très mal comprise), et ce qui se passe concrètement le jour où tu dépasses.
Un livreur de plateforme facture-t-il la TVA ?
Non, par défaut. Quand tu crées ta micro-entreprise, tu es automatiquement placé en franchise en base de TVA. Concrètement :
- tu ne collectes pas de TVA sur tes courses ;
- tu ne déposes aucune déclaration de TVA ;
- tu ne récupères pas non plus la TVA sur tes achats (scooter, carburant, sac isotherme).
Une précision utile avant d'aller plus loin : en tant que livreur 100 % plateforme, tu n'émets généralement pas de factures. C'est la plateforme qui auto-facture en ton nom, dans le cadre d'un mandat de facturation prévu par l'article 289 du CGI — Uber Eats comme Deliveroo fonctionnent ainsi, chacune selon son propre rythme de relevés. La mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » apparaît donc sur les documents produits par la plateforme, pas sur des factures que tu rédigerais.
Elle redevient ta responsabilité dès que tu factures en direct : un restaurant qui te paie sans passer par l'appli, une prestation de coursier pour un commerçant du quartier. Là, tu émets une vraie facture, et la mention doit y figurer. C'est aussi le seul cas où un logiciel de facturation pour livreur auto-entrepreneur t'est utile pour émettre des documents — pour le reste, il te sert surtout à tenir ton livre des recettes.
Les seuils de TVA 2026 pour un livreur
Ton activité de livraison est une prestation de services relevant des BIC. Ce sont donc les seuils « services » qui s'appliquent — jamais ceux de la vente de marchandises, même si tu transportes de la nourriture.
| Ton activité | Seuil de base (N-1) | Seuil majoré (N) |
|---|---|---|
| Livraison de repas (prestation de services) | 37 500 € | 41 250 € |
| Vente de marchandises / hébergement (pour mémoire) | 85 000 € | 93 500 € |
Ces montants s'apprécient sur le chiffre d'affaires encaissé sur l'année civile, et ce chiffre d'affaires, c'est le montant brut, commission de plateforme comprise. C'est le point qui fait le plus de dégâts : une course facturée 5,60 € au client, sur laquelle la plateforme prélève 25 %, te laisse 4,20 € sur ton compte — mais c'est bien 5,60 € qui entrent dans ton CA. Si tu comptes en net, tu peux dépasser le seuil de plusieurs milliers d'euros en croyant en être loin. Les pourboires comptent aussi.
Pour tout le raisonnement CA brut / CA net et son impact sur tes charges, va voir le détail dans le guide de la déclaration Urssaf du livreur Uber Eats.
Non, le seuil unique à 25 000 € n'est pas en vigueur
Pourquoi insister ? Parce que l'information fausse circule encore, y compris sur des sites juridiques à forte audience, dont certains présentaient toujours à l'été 2026 la réforme à 25 000 € comme applicable. Si tu es tombé dessus et que tu as paniqué en voyant que ton CA dépassait 25 000 €, tu peux respirer : ce seuil n'a jamais pris effet.
Retiens aussi que les chiffres périmés sont partout dans ce secteur. On croise encore, y compris sur des sites destinés aux livreurs, l'ancien plafond micro de la période 2023-2025 (77 700 €), alors que le plafond en vigueur pour les prestations de services est de 83 600 € sur la période 2026-2028.
Pourquoi 37 500 € te concerne plus que tu ne crois
Beaucoup de livreurs balaient le sujet : « 37 500 €, je suis très loin ». C'est vrai à vélo, en complément d'un autre revenu. Ça l'est beaucoup moins à scooter, à plein temps, en multi-apping.
Fais le calcul dans l'autre sens. 37 500 € de CA brut sur douze mois, c'est 3 125 € de CA brut par mois. En comptant environ 46 semaines travaillées, c'est de l'ordre de 815 € de CA brut par semaine. À un CA horaire brut de l'ordre de 16 à 18 € — c'est un ordre de grandeur, pas une donnée officielle : l'ARPE publie des évolutions de revenu horaire, pas un barème de référence — on parle de 45 à 51 heures par semaine. C'est un rythme de plein temps intense, mais c'est un rythme que beaucoup tiennent.
Et surtout, trois mécanismes rendent le dépassement invisible :
- Aucune plateforme ne surveille ton seuil. Uber le dit noir sur blanc dans sa propre documentation : le livreur reste seul responsable du suivi de son chiffre d'affaires et de ses obligations de TVA.
- Ton CA est éclaté. Si tu tournes sur Uber Eats et Deliveroo, chaque appli ne connaît que sa part. Aucune des deux ne totalise. Le multi-apping est pourtant courant : dans son analyse 2026 des indicateurs d'activité du secteur de la livraison, l'ARPE précise que son indicateur de temps d'attente doit être interprété avec prudence, parce qu'il ne prend pas en compte le recours simultané à plusieurs plateformes par un même travailleur.
- Tu regardes les virements, pas le CA. Les virements sont nets de commission. Ils sont donc systématiquement inférieurs à ton CA réel.
La mécanique des deux seuils, expliquée simplement
C'est le point le plus mal compris du régime. Il n'y a pas un seuil, il y en a deux, et ils ne servent pas à la même chose.
Le seuil de base (37 500 €) regarde l'année précédente. Il répond à la question : « ai-je droit à la franchise cette année ? » Si ton CA de l'année N-1 est resté sous 37 500 €, tu es en franchise en N.
Le seuil majoré (41 250 €) regarde l'année en cours. Il répond à la question : « ma franchise saute-t-elle tout de suite ? »
Trois situations, et trois conséquences différentes :
Tu restes sous 37 500 € sur l'année
Rien ne change. Tu es en franchise en base cette année, et tu le restes l'année suivante.
Tu dépasses 37 500 € mais tu restes sous 41 250 €
Tu gardes la franchise jusqu'à la fin de l'année en cours. Tu deviens redevable de la TVA au 1er janvier de l'année suivante, puisque ton CA N-1 aura dépassé le seuil de base. Tu as donc plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour t'organiser.
Tu dépasses 41 250 € en cours d'année
La franchise cesse dès le jour du dépassement. Il n'y a aucun délai de grâce : selon l'article 293 B du CGI, la franchise « cesse de s'appliquer pour les opérations intervenant à compter de la date du dépassement » — l'opération qui te fait franchir le seuil est donc elle-même soumise à la taxe. En revanche, les opérations réalisées avant cette date restent couvertes par la franchise. C'est le scénario à éviter, parce que tu te retrouves à devoir une taxe que tu n'as pas facturée.
Un exemple concret. Tu termines l'année à 39 000 € de CA brut. Tu n'as pas dépassé 41 250 €, donc rien ne se passe en cours d'année. Mais au 1er janvier suivant, tu sors de la franchise : ton CA de l'année précédente dépasse 37 500 €. Autre cas : tu atteins 41 250 € un 14 octobre. Ce jour-là, la franchise tombe, immédiatement.
Ce qui se passe concrètement quand tu deviens redevable
Sortir de la franchise n'est pas une catastrophe, mais ça change ton quotidien administratif sur quatre points.
1. Tu obtiens un numéro de TVA. Tu en fais la demande auprès de ton service des impôts des entreprises (SIE). C'est gratuit.
2. Tu préviens la plateforme, et vite. Comme c'est elle qui édite les documents en ton nom, elle doit savoir que ton régime a changé pour appliquer la TVA sur l'auto-facturation. Uber demande explicitement d'aller renseigner le régime fiscal et le numéro de TVA dans l'espace partenaire, rubrique des paramètres de factures. Tant que tu ne l'as pas fait, les documents émis en ton nom continuent d'indiquer que tu es en franchise — et l'écart, c'est pour toi.
3. Tu déposes des déclarations de TVA. Par défaut, tu relèves du régime réel simplifié si tu en remplis les conditions — notamment une TVA due inférieure à 15 000 € par an — avec une déclaration annuelle (CA12) et deux acomptes semestriels ; tu peux opter pour le réel normal, avec des déclarations mensuelles ou trimestrielles (CA3). Le taux normal, applicable à une prestation de livraison, est de 20 %.
4. Tu peux déduire une partie de la TVA sur tes achats. C'est la contrepartie, mais elle est plus étroite qu'on ne le croit. Les véhicules conçus pour le transport de personnes — ce qui inclut les scooters et les motos — sont exclus du droit à déduction, tout comme les dépenses d'entretien et de réparation qui s'y rapportent ; la TVA sur leur carburant n'est déductible qu'à hauteur de 80 %. Reste déductible ce qui n'est pas rattaché à un véhicule exclu : sac isotherme, téléphone, équipement. Et ça ne change rien à l'impôt : en micro, ces frais ne sont toujours pas déductibles de ton bénéfice, l'abattement de 50 % est réputé tout couvrir.
Comment surveiller ton seuil quand personne ne le fait pour toi
Le vrai travail n'est pas de comprendre les seuils, c'est de savoir où tu en es. Et pour ça, il faut un endroit unique où ton CA brut est totalisé, toutes plateformes confondues.
C'est exactement la fonction du livre des recettes, qui reste obligatoire pour toi même si tu n'émets aucune facture. Un relevé Uber Eats n'est pas un livre des recettes : il ne consolide rien, il retient la date de prestation plutôt que la date d'encaissement, et il disparaît si ton compte est désactivé. Le sujet est détaillé dans notre guide du livre des recettes du livreur de plateforme.
En pratique, la routine tient en quelques minutes par semaine :
Note le brut, pas le virement
Reprends le montant hors commission indiqué sur ton relevé, pas la somme créditée sur ton compte.
Une ligne par relevé et par plateforme
« Uber Eats — semaine 28 », « Deliveroo — quinzaine du 1er au 15 juillet ». Avec la date d'encaissement.
Regarde le cumul, pas le mois
Ce qui compte, c'est le total depuis le 1er janvier, comparé à 37 500 € et 41 250 €.
Dans FluxMicro, tu saisis une recette manuellement, sans facture ni client enregistré — c'est prévu pour ce cas exact. Le tableau de bord affiche ton cumul et déclenche des alertes à l'approche des seuils de TVA et du plafond micro, ce dernier étant proratisé si c'est ta première année d'activité. En revanche, sois averti : il n'existe aucun import de relevés CSV, ni aucun rapprochement automatique. La saisie reste manuelle, une ligne par relevé.
Sache où tu en es avant de dépasser
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Créer mon compte gratuitQuestions fréquentes
Je viens de commencer, mon seuil est-il proratisé ? Oui, mais pas de la même façon selon le seuil. Le plafond du régime micro (83 600 € en services) est ajusté au prorata des jours d'activité. Côté TVA, le seuil de base fait lui aussi l'objet d'un ajustement prorata temporis : ton chiffre d'affaires de première année est ramené à une année pleine pour déterminer si tu conserves la franchise l'année suivante (BOFiP, BOI-TVA-DECLA-40-10-10). Le seuil majoré, lui, s'apprécie sur le chiffre d'affaires réellement encaissé : tu peux le franchir dès ton année de création, et la franchise tombe alors au jour du dépassement. En clair : la première année, tes repères sont plus bas que tu ne crois — fais confirmer le calcul exact par ton SIE.
Les pourboires entrent-ils dans le calcul du seuil ? Oui. Ils font partie de ton chiffre d'affaires, au même titre que le prix des courses.
Le prélèvement à la source de l'Urssaf me dispense-t-il de surveiller la TVA ? Non. Le prélèvement des charges à la source, appliqué par huit plateformes volontaires depuis avril 2026 et généralisé à toutes les plateformes au 1er janvier 2027, ne concerne que tes cotisations sociales. Il ne dit rien de la TVA, et rien de ton cumul annuel. Le fonctionnement complet est expliqué dans le guide du livreur Uber Eats et Deliveroo en auto-entrepreneur.
Puis-je opter volontairement pour la TVA ? Oui, c'est possible. Mais pour un livreur, l'intérêt est faible : tes clients sont des plateformes, et la TVA récupérable sur le carburant et l'entretien compense rarement la charge déclarative. Ce calcul mérite d'être fait avec un comptable, pas dans un groupe Facebook.
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