Gestion d'activité

Combien gagne vraiment un livreur Uber Eats en 2026 ?

Revenu par course, revenu horaire réel, 21,2 % de charges, minimum garanti de 11,75 €/h : le calcul honnête de ce que gagne un livreur Uber Eats en 2026.

Par Florian.A18 min de lecture
Trois livreurs de plateforme à vélo et à scooter, arrêtés devant un restaurant en fin de journée

À propos de l'auteur du blog

Conformité et pilotage

Florian.A

Fondateur de FluxMicro

Issu d'une formation financière et comptable, avec une expérience en audit dans un grand cabinet internationalement connu, je construis FluxMicro avec une exigence forte de culture comptable et de conformité pour aider les auto-entrepreneurs à piloter leur activité avec un outil clair et vraiment utile.

Tape « combien gagne un livreur Uber Eats » sur Google et tu tombes sur des chiffres qui vont de 8 € à 25 € de l'heure. Les deux peuvent être vrais : ils ne mesurent simplement pas la même chose. L'un compte le temps passé en course, l'autre le temps passé connecté. L'un annonce du brut, l'autre du net après charges. Personne ne précise lequel.

Cet article fait le calcul dans l'autre sens : on part des données officielles publiées par les plateformes, on descend jusqu'à ce qui reste réellement sur ton compte, et on regarde ce que le minimum garanti couvre — et surtout ce qu'il ne couvre pas.

Le chiffre officiel : 4,90 € par course en 2025

Depuis 2022, les plateformes de mobilité — VTC et livraison de marchandises — publient chaque année leurs indicateurs d'activité. L'ARPE (l'Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi, une autorité publique) les compile et les analyse. Son rapport d'avril 2026, qui porte sur l'année 2025, donne pour la première fois cinq ans d'historique.

Voici ce qu'une course a rapporté en moyenne en 2025 :

PlateformeRevenu moyen par courseDurée moyenne d'une course
Uber Eats4,90 €13,7 min
Deliveroo5,80 €13,6 min
Stuart5,80 €15,3 min
Delicity6,00 €10,1 min

Uber Eats affiche le revenu par course le plus bas des quatre plateformes historiques du panel, mais c'est aussi celui qui progresse le plus en 2025 : 4,60 € en 2024, 4,90 € en 2025, soit +5,6 %. Les trois autres plateformes progressent également, mais plus modestement (+1,8 % chez Deliveroo, +3,8 % chez Stuart, +0,5 % chez Delicity).

Divise le revenu par la durée et tu obtiens le fameux « revenu horaire » : 21,5 €/h chez Uber Eats, 25,7 € chez Deliveroo, 22,7 € chez Stuart, 35,4 € chez Delicity. C'est ce chiffre-là que les articles reprennent en boucle. Le problème, c'est ce qu'il exclut.

Pourquoi 21,5 €/h n'est pas ce que tu touches

L'ARPE le dit elle-même noir sur blanc dans son rapport : ce revenu horaire repose sur « un cas théorique, celui d'un livreur continuellement en prestation, sans temps d'attente entre deux prestations, ce qui tend à surestimer le revenu horaire réellement perçu ».

Or l'attente, c'est le cœur du problème. Toujours en 2025, le temps moyen écoulé entre la fin d'une livraison et la proposition suivante était de :

  • 14,1 minutes chez Uber Eats
  • 11,0 minutes chez Deliveroo
  • 27,0 minutes chez Delicity
  • 53,3 minutes chez Stuart

Refais le calcul honnêtement. Sur Uber Eats : 13,7 minutes de course + 14,1 minutes d'attente = 27,8 minutes par course livrée. Ça fait environ 2,2 courses par heure de connexion, donc 10,60 € bruts de l'heure.

Retiens surtout ceci : plus personne ne devrait raisonner en revenu par course. Une course à 6 € qui prend 25 minutes rapporte moins qu'une course à 4 € qui en prend 9. C'est le rapport euros/minute, attente comprise, qui détermine ta paie.

Du brut à ce qui reste vraiment

Le mot « brut » n'a pas le même sens pour un livreur que pour un salarié. Chez toi, le brut c'est ton chiffre d'affaires : le montant qui sert de base à tes charges et à tes impôts, pas ce que tu peux dépenser.

Étape 1 — Le chiffre d'affaires n'est pas le virement reçu

Si ton relevé de plateforme fait apparaître une ligne de commission, de frais de service ou de frais d'accès, le chiffre d'affaires que tu dois déclarer est le montant avant retenue, pas le virement encaissé. L'Urssaf est explicite : la base de calcul inclut la commission retenue par la plateforme et les frais.

Exemple : une course facturée 5,60 €, commission de 25 %, tu reçois 4,20 €. Tu déclares 5,60 €. Déclarer 4,20 € est une sous-déclaration, et elle se voit : depuis la directive DAC7, les plateformes transmettent chaque année ton identité et les sommes versées à l'administration fiscale.

Selon ta plateforme et ta date d'inscription, le modèle de rémunération diffère : certaines te versent un prix de course sans retenue, d'autres prélèvent une commission. Ouvre ton relevé et regarde s'il existe une ligne de retenue. C'est le seul moyen de savoir quel chiffre reporter.

C'est aussi pour cette raison que les 4,90 € de l'ARPE ne sont pas forcément ton CA à la ligne près : l'indicateur publié correspond à la somme moyenne perçue par le livreur pour chaque livraison. Si ta plateforme prélève une commission, le montant à déclarer est plus élevé.

Étape 2 — Les 21,2 % de charges Urssaf

Un livreur de repas exerce une prestation de services commerciale (BIC). Le taux de cotisations est de 21,2 % du chiffre d'affaires encaissé au 1er janvier 2026.

Ces 21,2 % ne sont pas une taxe : ils financent ta retraite, ta maladie et tes indemnités journalières. Mais ils sortent de ta poche, et aucun frais n'est déductible en micro-entreprise. Ni l'essence, ni l'entretien du scooter, ni le sac isotherme, ni ton forfait mobile. L'abattement fiscal de 50 % est censé tout couvrir de façon forfaitaire.

Étape 3 — L'impôt

Pour l'impôt sur le revenu, l'administration applique un abattement de 50 % sur ton chiffre d'affaires : tu es imposé sur la moitié. Si tu as opté pour le versement libératoire (possible sous conditions de revenu fiscal), l'impôt est prélevé directement à 1,7 % du CA en même temps que les cotisations.

Étape 4 — Les frais que personne ne compte

Essence ou électricité, pneus, plaquettes, vidanges, assurance du deux-roues, réparations, téléphone, forfait data. Sur un scooter utilisé à plein temps, l'ordre de grandeur constaté tourne autour de 200 à 400 € par mois — c'est une estimation de notre part, pas un chiffre officiel, et elle varie beaucoup selon la ville et le véhicule. Non déductibles, rappelons-le.

Une simulation mensuelle honnête

Prenons un livreur à scooter, 35 heures de connexion par semaine, sur des créneaux corrects.

Chiffre d'affaires brut

150 heures de connexion dans le mois à 14 €/h de brut moyen — une hypothèse de travail, dans le haut de la fourchette estimée plus haut — = 2 100 € de chiffre d'affaires. C'est ce montant que tu déclares à l'Urssaf, commission incluse le cas échéant.

Charges Urssaf

2 100 € × 21,2 % = 445 €. Il reste 1 655 €.

Frais réels du véhicule

Essence, entretien, assurance, téléphone : environ 300 €. Il reste 1 355 €.

Impôt

Avec le versement libératoire : 2 100 € × 1,7 % = 36 €. Il reste environ 1 320 € nets.

Soit un net d'environ 8,80 € par heure de connexion. À titre de repère, le Smic est fixé à 12,31 € bruts de l'heure depuis le 1er juin 2026, soit 9,74 € nets de l'heure pour un salarié. C'est le calcul que les articles qui annoncent « jusqu'à 2 500 € par mois » ne font jamais.

Ce n'est ni catastrophique ni miraculeux : c'est un revenu de complément très souple, ou un revenu principal serré. À toi de savoir dans quelle case tu te trouves avant de t'engager. Si tu n'as pas encore créé ton statut, on détaille les vraies étapes et les vrais coûts dans le guide devenir livreur Uber Eats ou Deliveroo.

Le minimum garanti : 11,75 € bruts par heure d'activité

C'est la protection la moins connue et la moins vérifiée du secteur. Elle vient d'un accord collectif signé le 20 avril 2023, homologué le 28 août 2023, applicable à toutes les plateformes de livraison de marchandises en deux ou trois roues.

Son article 2 est court et précis : pour chaque mois civil, chaque plateforme garantit au livreur « un revenu d'activité moyen qui ne peut être inférieur à 11,75 € par heure d'activité sur la plateforme ».

Quatre expressions comptent dans cette phrase, et ce sont elles qui expliquent l'écart entre le minimum affiché et ce que tu constates.

« Par heure d'activité », pas par heure de connexion. Le temps d'activité, tel que défini par l'accord, correspond au cumul, pour chaque course du mois, de la durée telle que préalablement estimée par la plateforme, comprise entre l'acceptation de la proposition de livraison et la remise au destinataire final. Traduction : les heures où tu attends une course ne comptent pas. Et si une livraison prend plus longtemps que l'estimation affichée, le dépassement n'est pas compté non plus.

« Revenu d'activité », une notion définie par le code des transports (article R. 1326-4) et qui ne se confond pas avec ton chiffre d'affaires : c'est le prix effectivement versé par la plateforme, commission déduite lorsqu'elle en prélève une. Les primes versées par la plateforme y sont incluses, les pourboires en sont exclus.

« Moyen », sur l'ensemble du mois. Une soirée à 8 €/h peut être compensée par une soirée à 15 €/h. Le contrôle se fait sur la moyenne mensuelle, plateforme par plateforme.

« Sur la plateforme ». Si tu tournes sur Uber Eats et Deliveroo, chacune calcule sa propre moyenne dans son coin. Rien n'est consolidé — ce qui, au passage, est aussi le problème de ta comptabilité, et c'est ce que le livre des recettes d'un livreur de plateforme sert à régler.

Quand la moyenne du mois passe sous le seuil, la plateforme doit verser un complément différentiel le mois suivant. Ce n'est pas automatique dans ton esprit : c'est une ligne à repérer sur ton relevé.

L'avenant du 10 juillet 2026 : 19 €/h, mais pas encore

Le 10 juillet 2026, l'ARPE a annoncé la signature d'un avenant à l'accord de 2023 par les partenaires sociaux du secteur : Union-Indépendants et la FNAE côté travailleurs, l'Association des plateformes d'indépendants (API) côté plateformes. Il prévoit trois changements :

  • le minimum passerait de 11,75 € à 19 € par heure d'activité ;
  • l'appréciation deviendrait hebdomadaire au lieu de mensuelle, ce qui est plus favorable au livreur (une mauvaise semaine ne peut plus être noyée dans une bonne) ;
  • un comité de suivi serait mis en place, avec la poursuite des négociations vers une formule horo-kilométrique.

L'entrée en vigueur annoncée par l'ARPE est le 1er septembre 2026. Encore faut-il que l'avenant soit homologué.

Si l'avenant est homologué et entre en vigueur, l'effet serait réel : le revenu horaire en course d'Uber Eats était de 21,5 € en 2025 en moyenne — un plancher à 19 € viendrait mordre sur une part significative des heures travaillées, pas seulement sur les cas extrêmes. Réserve de méthode : l'indicateur de l'ARPE et le temps d'activité de l'accord ne se mesurent pas exactement de la même façon, la comparaison donne un ordre de grandeur, pas une équivalence.

Non, il n'y a pas de « minimum de 7,65 € par course »

C'est le mythe le plus tenace des groupes de livreurs. Les 7,65 € par course viennent d'un accord du secteur VTC, signé le 18 janvier 2023 et homologué le 17 mars 2023 : chaque course de transport de passagers donne lieu au versement d'un revenu minimum, quelle qu'en soit la durée. Ce montant a d'ailleurs été revalorisé depuis pour les VTC.

Ce minimum ne s'applique pas à la livraison de repas. Le secteur de la livraison a choisi une logique complètement différente : une garantie horaire moyenne sur le temps d'activité, pas un plancher par course. Concrètement, une course courte peut légitimement te rapporter 3,50 € : ce qui est encadré, c'est la moyenne, pas l'unité.

Deux secteurs, deux négociations de branche distinctes menées sous l'égide de la même autorité (l'ARPE), deux accords sans rapport. Ne réclame pas 7,65 € sur une course de repas, tu n'obtiendras rien.

Vérifier toi-même que tu as bien touché le minimum

Aucune plateforme ne te présente ce calcul spontanément. Voici comment le refaire, en dix minutes, à partir de ton relevé mensuel.

Récupère ton relevé du mois, plateforme par plateforme

Ne mélange pas Uber Eats et Deliveroo : la garantie s'apprécie séparément sur chacune.

Additionne ton temps d'activité, pas ton temps de connexion

Pour chaque course, prends la durée estimée entre l'acceptation et la remise au destinataire final. Le temps où tu attendais une proposition n'entre pas dans le calcul.

Additionne ton revenu d'activité du mois

Prends le revenu des courses effectivement versé par la plateforme, commission déduite, primes comprises. Les pourboires n'entrent pas dans le calcul : le code des transports les exclut du revenu d'activité.

Divise et compare

Revenu d'activité ÷ heures d'activité. Si le résultat est inférieur à 11,75 €, un complément différentiel t'est dû, et il doit apparaître sur ton relevé du mois suivant.

Si le complément manque, écris

Contacte le support de la plateforme en citant l'accord de secteur du 20 avril 2023 homologué le 28 août 2023, avec ton calcul en pièce jointe. Garde une copie de tout : en cas de litige ou de désactivation de compte, tu perds l'accès à tes relevés.

Ce dernier point n'est pas théorique. Le jour où ton compte est coupé, l'historique disparaît avec lui. C'est la raison la plus concrète de tenir tes chiffres ailleurs que dans l'application : un logiciel de facturation pensé pour les livreurs auto-entrepreneurs te permet d'enregistrer une ligne de recette par relevé, sans facture ni client à créer, et de ressortir un export propre quand tu en as besoin.

Le paradoxe des pourboires

Voilà une incohérence que personne ne relève et qui mérite qu'on s'y arrête.

Côté minimum garanti, les pourboires sont déjà hors jeu, et pas depuis 2026 : l'article R. 1326-4 du code des transports, qui définit le revenu d'activité auquel renvoie l'accord, exclut expressément les pourboires versés au travailleur. La logique se défend : ta rémunération plancher ne doit pas dépendre de la générosité des clients. Un pourboire est un bonus, pas un substitut de rémunération.

Côté fiscal et social, c'est l'inverse : les pourboires que tu perçois via l'application font partie de ton chiffre d'affaires. Tu les déclares, et tu paies 21,2 % dessus comme sur le reste.

Autrement dit, un même euro de pourboire ne compte pas pour ta garantie de revenu mais compte pour tes charges. Ce n'est pas une erreur des textes, c'est la conséquence de deux logiques séparées — dialogue social d'un côté, droit fiscal de l'autre. Mais il faut le savoir, ne serait-ce que pour ne pas gonfler mentalement ton revenu horaire avec des pourboires qui, eux, sont taxés. Le détail de ce que tu déclares figure dans le guide de la déclaration Urssaf d'un livreur Uber Eats.

La tendance de fond : cinq ans de baisse

Le rapport ARPE 2026 permet enfin de regarder la période 2021-2025 d'un bloc. Le constat est net, et il vaut mieux le connaître avant de se lancer que six mois après.

Sur cinq ans, le revenu horaire en course recule de 15,0 % à 22,4 % sur les trois plateformes suivies depuis 2021. Uber Eats affiche le repli le plus marqué : −22,4 % en nominal, et −31,7 % une fois corrigé de l'inflation. Deliveroo est à −15,0 % (−25,2 % corrigé de l'inflation), Stuart à −21,5 %. Seule Delicity, suivie depuis 2023 seulement, progresse (+4,0 %).

Le mécanisme est simple : la durée moyenne des courses augmente sans que le prix suive. Chez Uber Eats, la durée d'une course a grimpé de +36,5 % depuis 2021. Tu roules plus longtemps pour à peu près le même montant. Les temps d'attente suivent la même pente chez plusieurs plateformes : +32,9 % chez Deliveroo sur la période, et +207,8 % chez Stuart. Chez Uber Eats, en revanche, l'attente est restée à peu près stable sur cinq ans (+5,6 %) : c'est bien l'allongement des courses, et non l'attente, qui explique le décrochage.

Cela dit, 2025 marque une inflexion. Uber Eats enregistre sa première hausse du revenu horaire brut depuis le début des observations (+4,7 %), et son revenu par course progresse de 5,6 %. Une année ne fait pas une tendance, mais la dégradation continue s'est au moins interrompue quelque part.

Ce que ça change pour ta gestion

Deux conséquences pratiques.

La première : puisque ton revenu horaire dépend de ta densité de courses, tu as besoin de savoir combien tu gagnes réellement, par semaine et par plateforme. Pas une estimation dans l'appli, un chiffre à toi, consolidé, que tu peux comparer d'un mois sur l'autre.

La seconde : ce chiffre, tu dois de toute façon le tenir. Le relevé de plateforme n'est pas un livre des recettes valable — il ne contient ni la date d'encaissement, ni la consolidation entre plateformes, et l'obligation légale pèse sur toi, pas sur Uber. Tout ce qu'il te faut savoir sur le statut, les seuils et les vraies obligations d'un livreur est réuni dans le guide du livreur Uber Eats et Deliveroo en auto-entrepreneur.

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Sources : ARPE, « Revenus et temps de travail : analyse de l'activité des livreurs des plateformes de mobilité », édition 2026 (avril 2026, données 2025) ; accord de secteur du 20 avril 2023 instaurant une garantie minimale de revenus, homologué par décision du 28 août 2023 (Légifrance) ; article R. 1326-4 du code des transports pour la définition du revenu d'activité ; annonce ARPE du 10 juillet 2026 relative à la signature de l'avenant, dont aucune décision d'homologation n'était publiée à la date de publication de cet article ; accord VTC du 18 janvier 2023 homologué par décision du 17 mars 2023 ; entreprendre.service-public.gouv.fr et urssaf.fr pour les taux de cotisations et le versement libératoire 2026 ; service-public.gouv.fr pour le Smic au 1er juin 2026. Les montants et taux évoluent : vérifie toujours l'information sur les sources officielles avant de prendre une décision.

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